La sûreté nucléaire menacée ?

(05/01/2006)

Énergie . La CGT accuse la course à la rentabilité financière menée par EDF de provoquer une dégradation de la sûreté des centrales.

La FNME-CGT a tiré hier, au cours d’une conférence de presse avec les fédérations de la métallurgie et du bâtiment, le signal d’alarme sur la « dégradation du niveau de sûreté des centrales nucléaires ».

Selon la CGT, depuis septembre 2005, « quatre plans d’urgence internes ont été déclenchés suite à des incidents importants » dans des centrales nucléaires françaises. D’après le syndicat, ces incidents auraient pu connaître une issue dramatique. Ainsi, le 23 novembre dernier « des blessés, voire des victimes auraient pu être déplorés » après l’explosion d’une tuyauterie de refroidissement de la turbine de la centrale de Nogent-sur-Seine. « Seule l’heure tardive de l’incident (23 h 30) a permis d’éviter le pire », affirme Pascal Painault, membre du CHSCT de la centrale. Au-delà de la mise en danger des travailleurs du nucléaire, les fédérations CGT craignent « l’imminence d’un incident ou accident ayant de graves conséquences pour les installations et l’environnement ». Le 22 novembre dernier, l’explosion et l’incendie d’un transformateur à la centrale du Blayais près de Bordeaux auraient entraîné une fuite de pyralène « qui aurait pu avoir de graves conséquences ».

Le secrétaire fédéral de la CGT-Énergie, Michel Estevez, estime que les incidents survenus récemment dans les centrales nucléaires « attestent individuellement, comme dans leur enchaînement, d’une dégradation effective du niveau de sûreté ». Une dégradation qui tiendrait son origine « d’une gestion et d’un management tourné essentiellement vers la recherche de gains financiers ». Dans le collimateur des syndicats, « la réduction des coûts de maintenances, et d’exploitation ».

La CGT accuse, par exemple, la direction d’EDF de tenter de raccourcir au maximum les durées d’arrêt des centrales afin d’accélérer leur remise en service. Pour se faire, certains travaux pourtant nécessaires au bon fonctionnement des installations ne seraient pas effectués.

Deuxième sujet d’inquiétude des syndicats : la place grandissante de la sous-traitance et la dégradation des conditions de travail et sociales des salariés de ce secteur. Le transfert de compétence du public vers le privé en matière de maintenance des centrales qui s’opère via le développement de la sous-traitance aboutit petit à petit, selon Bernard Devers de la fédération de la métallurgie, à une « prise de contrôle par le secteur privé du nucléaire civile ». Le rôle croissant de la sous-traitance s’accompagne également selon les syndicats d’une pression accrue sur les salariés de ces entreprises. Dégradation des salaires, du niveau de protection sociale mais aussi dégradation des conditions de travail. Outre une augmentation de la pénibilité du travail, ce phénomène se traduit par « une perte de compétence et de savoir-faire » en raison du recours à une main-d’oeuvre de moins en moins qualifiée.

Plus généralement la fédération de la CGT de l’énergie dénonce « la pression financière, attendue dans le cadre de la privatisation ». Une pression qui aboutit à des « mesures de restrictions budgétaires imposées dans les centrales ». Hors ces restrictions « font désormais franchir un seuil de risque inacceptable car réellement dangereux ».

Pierre-Henri Lab

05/01/2006

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